Marie Nathalie LeBlanc

Anthropologue et professeure titulaire au Département de sociologie de l’UQAM, Marie Nathalie LeBlanc a complété son doctorat au Département d’anthropologie de University College London (Royaume-Uni). LeBlanc est titulaire de la Chaire de recherche UQAM sur l’islam contemporain en Afrique de l’Ouest. Ses principales publications traitent des transformations religieuses en Afrique de l’Ouest, de la société civile, de la jeunesse et des femmes. Ses travaux sur l’islam s’organisent autour de 4 thématiques principales : les enjeux de la transformation de l’islam contemporain en Afrique de l’Ouest en lien avec la jeunesse, les rôles des milieux associatifs islamiques dans la société civile et les espaces publics, genre, religion et militantisme, et le renouveau des pratiques liées à l’occulte, au mysticisme et au soufisme.  Elle est aussi reconnue pour ses travaux comparatifs sur les pratiques religieuses et les façons de se revendiquer (islam et pentecôtisme). LeBlanc a récemment publié Faith and Charity : Religion and Humanitarian Assistance in West Africa (Pluto Press, 2016) qui découle d’un programme de recherche sur les rôles des ONG confessionnelles dans la société civile en Afrique financé par le CRSH (2012-2016).  Elle dirige présentement un projet de recherche intitulé : « Que sont devenus les marabouts ? Trajectoires occultes et changements sociaux en Afrique de l’ouest » (CRSH, 2017-2021). Elle a participé à plusieurs programmes internationaux de recherche, notamment sur l’islam et la sphère publique en Afrique de l’Ouest avec une équipe de chercheurs en France et en Afrique (Agence nationale de la recherche).

Projets de recherche

  • Chaire ICAO: 

La Chaire Islam contemporain en Afrique de l’Ouest (Chaire ICAO) soutient la recherche de pointe et en émergence sur les dynamiques contemporaines de mobilisation en islam. La Chaire ICAO aborde l’islam dans le contexte des transformations sociales, politiques et culturelles qui caractérisent les sociétés contemporaines d’Afrique de l’Ouest. Pour ce faire, elle a pour objectif d’analyser les sociabilités islamiques en tenant compte simultanément des dynamiques locales et globales qui marquent les transformations des manières de se revendiquer musulman-e. Le fait d’aborder la question de l’islam contemporain du point de vue des sociétés africaines permet d’ouvrir de nouvelles perspectives critiques de recherche sur l’islam comme terrain de revendication. Son caractère novateur et stratégique relève de l’approche proposée qui met en dialogue les savoirs scientifiques sur les dynamiques contemporaines de l’islam avec ceux sur les sociétés africaines contemporaines. Les recherches de la Chaire ICAO mettent de l’avant la pluralité des itinéraires religieux, la pertinence sociale de pratiques liées aux traditions soufies et l’interpénétrabilité des différentes façons de se revendiquer musulman et musulmane. La Chaire ICAO structure ses activités autour de trois axes de recherche :

Axe 1 – Les nouveaux.elles acteurs.trices du religieux : cet axe repose sur une perspective originale qui part du constat que les jeunes et les femmes sont des acteurs incontournables des dynamiques contemporaines de l’islam.

Axe 2 – Les façons d’être musulmans-es : cet axe ouvre la réflexion actuelle sur l’islamisme politique et la radicalisation à la polysémie des façons de se revendiquer musulman/es. Le contexte de l’émergence des mouvements rigoristes en Afrique de l’Ouest dans les années 1980 a eu une influence marquante sur les processus identitaires et les formes de revendication. Toutefois, cette mouvance rigoriste croise une panoplie d’autres univers de sens qui relèvent à la fois de l’islam, la modernité et les traditions culturelles locales.

Axe 3 – Le rôle de l’islam comme lieu de l’action collective : cet axe étudie des groupes et réseaux d’intérêts à partir desquels émergent les mobilisations dans le but de saisir les enjeux qui fédèrent l’action collective à travers trois points de vue : les moments de la mobilisation collective; les groupes et les réseaux d’intérêts à partir desquels émergent les mobilisations; et, les trajectoires de mobilisation des groupes et des individus

  • Que sont devenus les marabouts? Subvention CRSH-savoir

Ce programme de recherche, financé par le CRSH-Savoir, examine les rôles des pratiques occultes dans le contexte de la transformation de l’Islam ouest africain à partir des années 1990. Dans le cadre des mouvements de réforme en islam qui marquent cette période, les pratiques occultes, incluant celles des « marabouts », ont été fortement critiquées et mises à l’écart en raison de leur soi-disant manque d’orthodoxie et leur attachement aux traditions culturelles. Malgré l’ampleur de ces récents mouvements, le marabout (karamoro, en langue dioula) reste un des acteurs centraux de l’occulte, ce qui est illustré, entre autres, par la présence de plus en plus fréquente de ces derniers comme sujet à débat dans les médias. Les pratiques contemporaines de certains marabouts dépassent les modèles du guérisseur/divinateur ou de la figure charismatique de l’autorité politico-religieuse qui dominent jusqu’à aujourd’hui la littérature. Ce dynamisme révèle l’ouverture et la pluralité des processus occultes et remet en question la perspective selon laquelle les mouvements de réforme en islam seraient linéaires et impliqueraient la disparition d’autres formes de croyance. Afin de poursuivre nos analyses des dynamiques contemporaines de la transformation des pratiques de l’islam en Côte d’Ivoire, il est pertinent de poser la question générale suivante: que nous apprennent la persistance et l’émergence de nouvelles pratiques occultes chez les marabouts sur les dynamiques contemporaines du religieux? 
Le projet s’articule autour de quatre axes de recherche: 1. les trajectoires d’entrée dans les pratiques occultes et les rôles des marabouts; 2. les formes des savoirs et les techniques mobilisés par les marabouts de différents groupes d’âge; 3. les rôles des femmes dans les pratiques occultes; 4. les trajectoires de la circulation des connaissances occultes dans la sous-région. 
La méthodologie repose sur l’articulation d’une démarche qui arrime les enquêtes ethnographiques propre à l’anthropologique et une démarche pluridisciplinaire inspirée aussi par des méthodes développées en histoire, sociologie et ethnolinguistique. Nous proposons de répertorier et décrire les trajectoires d’entrée dans les pratiques occultes, les techniques utilisées et les formes des savoirs mobilisés par les marabouts, en vue d’une analyse selon les groupes d’âge et en vue de documenter les rôles des femmes. Nous proposons aussi d’analyser les trajectoires d’acquisition et de transmission des connaissances occultes à travers l’observation de l’insertion de marabouts locaux dans des espaces transnationaux et de l’amalgame de divers types de savoir qui en résulte. Notre approche théorique s’inscrit dans la trame des travaux en anthropologie sur les « savoirs ésotériques » en islam qui mobilisent le concept d’une économie politique des savoirs. Ce concept permet de faire ressortir dans l’analyse l’enchevêtrement de divers registres de savoir qui ne sont pas nécessairement exclusifs entre eux et qui peuvent être acquis par une même personne (écrit, oral, formel, islamique, externes à l’islam, secrets, ancestraux, de type occidental). 
Financement : CRSH-savoir (2017-2022) 
Titulaire de la subvention : Marie Nathalie LeBlanc 
Membres de l’équipe de recherche : Mathias Savadogo (Université Félix Houphouët-Boigny), Issouf Binaté (Université Alassane Ouattara), Boris Koenig (UQAM et Université de Leuven), Bourahima Diomandé (Université Alassane Ouattara), Sékou Traoré (Université Félix Houphouët-Boigny), Laurence Jutras (UQAM), Pier-Olivier Tremblay (UQAM)

  • Les réseaux de l’enseignement islamique en Afrique de l’ouest

Ce projet de recherche vise à revisiter l’étude des réseaux éducatifs islamiques en Afrique de l’Ouest. En effet, la création d’écoles islamiques pour concurrencer l’école d’origine coloniale et moderniser l’éducation coranique a constitué une revendication centrale du mouvement réformiste dès les années 1950. La lutte pour la définition de l’éducation a en outre été centrale dans la politique coloniale et postcoloniale dans la mesure où elle façonne l’univers culturel et idéologique des élites. Enfin, l’expérience scolaire est déterminante, en Afrique de l’Ouest comme ailleurs, pour la construction de réseaux de sociabilité et de mobilisation durables. 
Ce projet a deux objectifs principaux. Dans un premier temps, il s’agit d’établir l’état des connaissances dans la recherche sur le sujet d’un point de vue pluridisciplinaire. Cette mise à jour est essentielle dans la mesure où une partie importante de la littérature scientifique sur l’éducation islamique a été produite il y a plusieurs années et où il existe des zones d’ombre importantes, en particulier sur le plan géographique. Dans un second temps, nous voulons établir un répertoire des écoles secondaires et universités dans les différents pays de la sous-région (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Liberia, Mali, Niger, Sénégal, Sierra Leone, Togo). Ce répertoire permettra de comprendre les programmes mis en application, les liens qui existent entre les institutions, les réseaux de financement des écoles, les débouchés pour les diplômés, ainsi que les réseaux religieux et citoyens qui émergent de l’expérience éducative commune. 
Participants :Vissého AdjiwanouLouis Audet-GosselinSayouba Savadogo, Issouf Binaté

  • Dialogues Afrique de l’Ouest, Maghreb

Ce projet en développement est le produit d’une collaboration entre la Chaire de recherche UQAM sur l’islam en Afrique de l’Ouest et l’Institut des mondes africains de Paris. À partir d’un séminaire offert à l’École des hautes études en sciences sociales (Paris, 2019-2019), les titulaires de ces deux unités de recherche, Prof. LeBlanc et Dr. Samson, proposent de monter une équipe de chercheur.es en anthropologie politique du religieux. Ce projet, consacré à l’étude des dynamiques contemporaines de l’islam en Afrique de l’ouest et au Maghreb, a pour objectif d’établir un dialogue entre chercheur.es travaillant sur les pratiques islamiques quotidiennes dans ces deux aires culturelles trop souvent dissociées. La démarche comparative permettra de décloisonner la production des savoirs anthropologiques sur l’islam ; de mettre en parallèle les processus d’identification, de représentation et de mobilisation en rapport au religieux ; de porter l’attention sur les réseaux religieux transrégionaux ; tout en faisant surgir les particularismes de ces divers univers culturels, politiques et sociaux. 

Publications récentes

LeBlanc, Marie Nathalie & Boris Koenig, Faith, Healing and Development: The Spiritualization of Public Health in Côte d’Ivoire, Routledge (à paraître 2020)

LeBlanc, Marie Nathalie & Boris Koenig, 2019. « ‘The power of a simple gift’: the ethics of evangelization among faith-based NGOs in Côte d’Ivoire. Social Compass, 66: 2: 256-272.

LeBlanc, Marie Nathalie. 2019. « Penser les nouvelles figures du marabout : le cas de la Côte d’Ivoire », Revue ivoirienne d’histoire, 32.

LeBlanc, Marie Nathalie & Louis Audet Gosselin. 2016. Faith and CharityReligion and Humanitarian Assistance in West Africa. Pluto Press (Series : Anthropology, Culture and Society).

Benjamin Soares, & Marie Nathalie LeBlanc. 2015. « Islam, jeunesse et les trajectoires de mobilisation en Afrique de l’Ouest dans l’ère néolibérale : regard anthropologique », in Kadya Tall et al., eds., Mobilisations collectives en Afrique: contestations, résistances et révoltes. Leiden: Brill. 

Levy, Chairman, Anne-Marie Dalton & Marie Nathalie LeBlanc. 2014. Numéro thématique : « Religion et Développement/Religion and Development», Canadian Journal of Development Studies/Revue canadienne de l’étude du développement, 34 : 2. 

LeBlanc, Marie Nathalie & Boris Koenig. 2014. « ’Un cadeau, un enfant et un changement pour la vie’ » : Les ONG confessionnelles et l’évangélisation des enfants en Côte d’Ivoire,Autrepart, Numéro spécial : L’enfant dans les politiques et les actions du développement, no.72 : 219-236

LeBlanc, Marie Nathalie. 2014. “From Piety to Leadership: Embodied and Militant Religiosity Among Muslim Women in Côte d’Ivoire”, Islamic Africa, Special Issue :Gender and religious Authority in West Africa, 5 :2.

LeBlanc, Marie Nathalie, Sylvie Fortin, Josianne Le Gall, Marie-Jeanne Blain & Géraldine Mossière. 2014. « Les migrants du Maghreb à Montréal au quotidien », in F. Kanouté et G. Lafortune (dir.), L’integration des familles d’origine immigrante. Les enjeux sociosanitaires et scolaires, Montréal: Presses de l’Université de Montréal, pp.29-47.

Miklavcic, Alessandra & Marie Nathalie LeBlanc 2013. Culture Brokers: Clinically Applied Ethnography and Models of Cultural Mediation in Clinical Settings. Dans Laurence J. Kirmayer,Cécile Rousseau and Jaswant Guzder (eds.), Encountering the Other: The Practice of Cultural Consultation. New York: Springer SBM, pp.115-138.

LeBlanc, Marie Nathalie. 2013. « Sufi Muslims in Montréal : Tensions Between Cosmopolitanism and the Cultural Economy of Difference », Anthropologica, 55 : 2 (novembre)

LeBlanc, Marie Nathalie, Louis Audet-Gosselin & Muriel Gomez-Perez, 2013. «Les ONG confessionnelles en Afrique de l’Ouest : un équilibre précaire entre prosélytisme et professionnalisme au Burkina Faso », Canadian Journal of Developement Studies/Revue canadienne d’études du développement, 34 : 2 : 236-256.

Gomez-Perez, Muriel & Marie Nathalie LeBland, 2012. L’Afrique des générations : entre tensions et négociations, Paris : Karthala.